51 Inversement,doudoune moncler femme
Inversement, quand on a cessé d’aimer, les curiosités que l’être excite meurent avant que lui même soit mort. Ainsi je n’eusse plus fait un pas pour savoir avec qui Gilberte se promenait un certain soir dans les Champs Élysées. Or je sentais bien que ces curiosités étaient absolument pareilles, sans valeur en elles mêmes, sans possibilité de durer, mais je continuais à tout sacrifier à la cruelle satisfaction de ces curiosités passagères, bien que je susse d’avance que ma séparation forcée d ’avec Albertine, du fait de sa mort, me conduirait à la même indifférence qu’avait fait ma séparation volontaire d’avec Gilberte. Si elle avait pu savoir ce qui allait arriver, elle serait restée auprès de moi. Mais cela revenait à dire qu’une fois qu’elle se fût vue morte elle eût mieux aimé, auprès de moi, rester en vie. Par la contradiction même qu’elle impliquait, une telle supposition était absurde. manteaux moncler pas cher
Mais cela n’était pas inoffensif, car en imaginant combien Albertine, si elle pouvait savoir, si elle pouvait rétrospectivement comprendre, serait heureuse de revenir auprès de moi, je l’y voyais, je voulais l’embrasseri; et hélas c’était impossible, elle ne reviendrait jamais, elle était morte. Mon imagination la cherchait dans le ciel, par les soirs où nous l’avions regardé encore ensemble, au delà de ce clair de lune qu’elle aimait, je tâchais de hisser jusqu’à elle ma tendresse pour qu’elle lui fût une consolation de ne plus vivre, et cet amour pour un être devenu si lointain était comme une religion, mes pensées montaient vers elle comme des prières. Le désir est bien fort, il engendre la croyance, j’avais cru qu’Albertine ne partirait pas parce que je le désirais. Parce que je le désirais je crus qu’elle n’était pas mortei; je me mis à lire des livres sur les tables tournantes, je commençai à croire possible l’immortalité de l’âme. Mais elle ne me suffisait pas. Il fallait qu’après ma mort je la retrouvasse avec son corps, comme si l’éternité ressemblait à la vie. doudodune moncler homme Que dis je à la vie ,! J’étais plus exigeant encore. J’aurais voulu ne pas être à tout jamais privé par la mort des plaisirs que pourtant elle n’est pas seule à nous ôter. Car sans elle ils auraient fini par s’émousser, ils avaient déjà commencé de l’être par l’action de l’habitude ancienne, des nouvelles curiosités. Puis, dans la vie, Albertine, même physiquement, eût peu à peu changé, jour par jour je me serais adapté à ce changement. Mais mon souvenir, n’évoquant d’elle que des moments, demandait de la revoir telle qu’elle n’aurait déjà plus été si elle avait vécui; ce qu’il voulait c’était un miracle qui satisfît aux limites naturelles et arbitraires de la mémoire, qui ne peut sortir du passé. Avec la naïveté des théologiens antiques, je l’imaginais m’accordant les explications, non pas même qu’elle eût pu me donner mais, par une contradiction dernière, celles qu’elle m’avait toujours refusées pendant sa vie. chaussures moncler
Et ainsi, sa mort étant une espèce de rêve, mon amour lui semblerait un bonheur inespéréi; je ne retenais de la mort que la commodité et l’optimisme d’un dénouement qui simplifie, qui arrange tout. Quelquefois ce n’était pas si loin, ce n’était pas dans un autre monde que j’imaginais notre réunion. De même qu ’autrefois, quand je ne connaissais Gilberte que pour jouer avec elle aux Champs Élysées, le soir à la maison je me figurais que j’allais recevoir une lettre d’elle où elle m’avouerait son amour, qu’elle allait entrer, une même force de désir, ne s’embarrassant pas plus des lois physiques qui le contrariaient que, la première fois, au sujet de Gilberte où, en somme, il n’avait pas eu tort puisqu’il avait eu le dernier mot me faisait penser maintenant que j’allais recevoir un mot d’Albertine, m’apprenant qu’elle avait bien eu un accident de cheval, mais que pour des raisons romanesques (et comme, en somme, il est quelquefois arrivé pour des personnages qu’on a crus longtemps morts) elle n’avait pas voulu que j’apprisse qu’elle avait guéri et, maintenant repentante, demandait à venir vivre pour toujours avec moi. Et, me faisant très bien comprendre ce que peuvent être certaines folies douces de personnes qui par ailleurs semblent raisonnables, je sentais coexister en moi la certitude qu’elle était morte et l’espoir incessant de la voir entrer. Je n’avais pas encore reçu de nouvelles d’Aimé qui pourtant devait être arrivé à Balbec. Sans doute mon enquête portait sur un point secondaire et bien arbitrairement choisi.