36 « Que saistu faire doudoune moncler

« Que saistu faire ?… Astu déjà joué ? – Jamais, patron… Maisdonnezmoi des rôles, et vous allez voir. » Dans cette belle présomptionbordelaise, aux yeux vifs, au geste large, à la voix forte et métallique, Sevestre devina tout de suite un tempérament de théâtre. Ce tempéramentest commun au Midi, à sa nature verbeuse, gesticulante, qui met tout dehors, exprime tout, pense à voix haute, la parole toujours au delà de la pensée. L'homme de Tarascon et l'homme de la PorteSaintMartin seressemblent. Sur ce petit théâtre de la rue de la Gaîté, où plus tard débutait MounetSully, Lafontaine fit son apprentissage ; il joua à Sceaux, à Grenelle, rouladans l'omnibus des scènes de banlieue, une brochure à la main, déclamant Bouchardy sur les routes. Il réussit. doudoune moncler enfant
Le bruit de son succès passa lesponts, vint jusqu'au boulevard et, quelque temps après, Henry Lafontaine entrait à la PorteSaintMartin pour jouer dans Kean à côté de Frédérick qui, tout de suite, l'aima et le fit travailler. « Viens, petit », disait lemaître en sortant du théâtre. Et il emmenait chez lui au boulevard duTemple, l'élève exténué par cinq heures de planches, les yeux pleins desommeil, la joue brûlée de gaz et de maquillage ; mais il s'agissait bien dedormir ! Le souper était servi, tous les flambeaux du salon allumés. Onbuvait, on mangeait en hâte, puis le maître donnait un sujet de scène,une situation dramatique à rendre, et, s'allongeant sur son fauteuil, unflacon de vin près de lui : « Maintenant, vasy ! » Le bon comédien Lafontaine m'a souvent raconté l'histoire d'un de cesscénarios improvisés. « Voilà, dit Frédérick, vautré sur son divan, tu esun petit employé, marié depuis trois ans… C'est ce soir la fête de tafemme, que tu adores… En son absence, tu lui as préparé un bouquet,une surprise, un bon petit souper comme celuici… Et tout à coup, enmettant le couvert, tu découvres une lettre qui t'apprend que tu es indignement trompé… Tâche de me faire pleurer avec ça… Marche. » Vivement Lafontaine se met à l'œuvre, dresse son couvert en conscience, sanstricherie, – car Frédérick ne plaisantait pas sur la question des accessoires, – pose son bouquet au milieu de la table avec des petits rires, desregards mouillés, puis, frémissant d'impatience et de joie, ouvre le tiroiroù la surprise est serrée, trouve une lettre, la lit machinalement et pousseun cri terrible dans lequel il essaye de mettre tout le désespoir de sonbonheur foudroyé !… « Entre nous, j'en étais assez content de mon cri,me disait le brave Lafontaine s'égayant au souvenir de sa mésaventure, jele trouvais juste, ému, sincère, je m'étais presque fait pleurer en le poussant… Ah ! Bien, oui !… Au lieu des compliments que j'attendais, un formidable coup de pied m'arrive au bas de l'échine… Je ne m'en émus pastrop, car j'étais fait aux manières de mon maître mais ce fut sa critiquequi me frappa surtout… – Comment ! Animal, tu aimes ta femme pardessus tout au monde, tu crois en elle aveuglément, aveuglément, etvoilà qu'à la première lecture, tu vois, tu comprends, tu crois tout ce quece papier te raconte… Estce que c'est possible ?… Tiens ! Va t'asseoir làbas, et regardemoi distiller mon poison. moncler pas cher » Làdessus luimême recommence la scène, ouvre le tiroir… « Tiens ! Unelettre… » Il la tourne, la retourne, la parcourt du bout des yeux sans comprendre, la repousse dans le tiroir et continue à ranger son couvert…« Tout de même, c'est drôle, cette lettre ! » Il y revient encore, la lit pluslonguement, puis haussant les épaules, la jette sur la table. « Allons donc,ce n'est pas vrai, c'est impossible… Elle va tout m'expliquer en rentrant… » Mais comme ses mains lui tremblent en achevant de mettre soncouvert ! Et toujours les yeux sur la lettre… À la fin il n'y tient plus, ilfaut qu'il la lise encore… Cette fois il a compris, un sanglot lui monte à lagorge, l'étouffe ; il tombe sur une chaise en râlant… C'était, paraîtil, unspectacle admirable de voir les traits du grand comédien se décomposerun peu plus à chaque nouvelle lecture.On suivait les effets du poison, àmesure que ses yeux l'absorbaient… Puis, une fois saisi par sa propreémotion, Frédérick ne s'arrêtait plus, continuait la pièce. Un tressaut detout son corps, un regard sanglant vers la porte. Sa femme venaitd'entrer. Il la laissait venir jusqu'à lui sans bouger, et soudain se dressait,terrifiant, sa lettre à la main : « Lis ! » Puis, avant qu'elle eût répondu, devinant à l'épouvante de ce visage de femme que c'était vrai, que la lettren'avait pas menti, il tournait deux ou trois fois sur luimême comme unebête ivre, cherchait un cri, n'en trouvait pas, et toujours amoureux, mêmedans sa rage, pour passer sur quelque chose qui ne fût pas sa femme lebesoin furieux de massacrer dont ses mains étaient pleines, il prenait latable à poignée et l'envoyait rouler à l'autre bout du salon avec la lampe,la vaisselle, tout ce qu'elle portait… Ce coup de pied sacra Lafontaine grand acteur, fut pour sa foi de comédien comme une confirmation par en bas. moncler femme
Pourtant, s'il n'avait eu queles leçons de Frédérick, l'artiste bordelais n'aurait jamais pu régler, endiguer son fougueux vagabondage. Son Midi le portait, mais le gênait aussi. Il en avait l'improvisation brillante, mais aussi les emportements, lemanque de mesure, tous les heurts de soleil et d'ombre. Si bien doué, ilpouvait manquer sa vie, n'être qu'un détraqué sublime comme ce pauvreRouvière qu'affolait son double tempérament d'acteur et de méridional.Par bonheur Lafontaine entra au Gymnase et eut là, pendant dix ans, unprofesseur incomparable. Ceux qui ont vu le vieux Montigny dans sonfauteuil, à l'avantscène, bourru, le sourcil froncé, faisant recommencerdix fois, vingt fois le même passage, rompant les plus durs, les plus rebelles, toujours insatisfait, s'acharnant au mieux, ceuxlà peuvent se vanter d'avoir connu un vrai directeur de théâtre.