124 Dans le bassin cape doudoune moncler

Dans le bassin de l’arsenal, à cause d’un élément scientifique lui aussi, la latitude, il y avait cette singularité des choses qui, même semblables en apparence à celles de notre pays, se révèlent étrangères, en exil sous d’autres cieuxi; je sentais que cet horizon si voisin, que j’aurais pu atteindre en une heure, c’était une courbure de la terre tout autre que celle des mers de France, une courbure lointaine qui se trouvait, par l’artifice du voyage, amarrée près de moii; si bien que ce bassin de l’arsenal, 3 3 à la fois insignifiant et lointain, me remplissait de ce mélange de dégoût et d’effroi que j’avais éprouvé tout enfant la première fois que j’accompagnai ma mère aux bains Delignyi; en effet, dans le site fantastique composé par une eau sombre que ne couvraient pas le ciel ni le soleil et que cependant, borné par des cabines, on sentait communiquer avec d’invisibles profondeurs couvertes de corps humains en caleçon, je m’étais demandé si ces profondeurs, cachées aux mortels par des baraquements qui ne les laissaient pas soupçonner de la rue, n’étaient pas l’entrée des mers glaciales qui commençaient là, si les pôles n’y étaient pas compris, et si cet étroit espace n’était pas précisément la mer libre du pôle. Cette Venise sans sympathie pour moi, où j’allais rester seul, ne me semblait pas moins isolée, moins irréelle, et c’était ma détresse que le chant de sole moi , s’élevant comme une déploration de la Venise que j’avais connue, semblait prendre à témoin. Sans doute il aurait fallu cesser de l’écouter si j’avais voulu pouvoir rej oindre encore ma mère et prendre le train avec ellei; il aurait fallu décider sans perdre une seconde que je partais, mais c’est justement ce que je ne pouvais pasi; je restais immobile, sans être capable non seulement de me lever mais même de décider que je me lèverais. Ma pensée, sans doute pour ne pas envisager une résolution à prendre, s’occupait tout entière à suivre le 3 3 déroulement des phrases successives de sole moi en chantant mentalement avec le chanteur, à prévoir pour chacune d’elles l’élan qui allait l’emporter, à m’y laisser aller avec elle, avec elle aussi à retomber ensuite. Sans doute ce chant insignifiant, entendu cent fois, ne m’intéressait nullement. Je ne pouvais faire plaisir à personne ni à moi même en l’écoutant aussi religieusement jusqu’au bout. http://www.monclerpaschere.biz/
Enfin aucun des motifs, connues d’avance par moi, de cette vulgaire romance ne pouvait me fournir la résolution dont j’avais besoini; bien plus, chacune de ces phrases, quand elle passait à son tour, devenait un obstacle à prendre efficacement cette résolution, ou plutôt elle m’obligeait à la résolution contraire de ne pas partir, car elle me faisait passer l’heure. Par là cette occupation sans plaisir en elle même d’écouter sole moi se chargeait d’une tristesse profonde, presque désespérée. Je sentais bien qu’en réalité, c’était la résolution de ne pas partir que je prenais par le fait de rester là sans bougeri; mais me dire. Je ne pars pas , qui ne m’était pas possible sous cette forme directe, me le devenait sous cette autre. Je vais entendre encore une phrase de sole mio i; mais la signification pratique de ce langage figuré ne m’échappait pas et, tout en me disant. Je ne fais en somme qu’écouter une phrase de plus , je savais que cela voulait dire. sold moncler homme Je resterai seul à 3 Venise. Et c’est peut être cette tristesse, comme une sorte de froid engourdissant, qui faisait le charme désespéré mais fascinateur de ce chant. Chaque note que lançait la voix du chanteur avec une force et une ostentation presque musculaires venait me frapper en plein cœuri; quand la phrase était consommée et que le morceau semblait fini, le chanteur n’en avait pas assez et reprenait plus haut comme s’il avait besoin de proclamer une fois de plus ma solitude et mon désespoir. Ma mère devait être arrivée à la gare. Bientôt elle serait partie. J’étais étreint par l’angoisse que me causait, avec la vue du canal devenu tout petit depuis que l’âme de Venise s’en était échappée, de ce Rialto banal qui n’était plus le Rialto, ce chant de désespoir que devenait sole mio et qui, ainsi clamé devant les palais inconsistants, achevait de les mettre en miettes et consommait la ruine de Venisei; j’assistais à la lente réalisation de mon malheur, construit artistement, sans hâte, note par note, par le chanteur que regardait avec étonnement le soleil arrêté derrière Saint Georges le Majeur, si bien que cette lumière crépusculaire devait faire à jamais dans ma mémoire, avec le frisson de mon émotion et la voix de bronze du chanteur, un alliage équivoque, immuable et poignant. doudoune moncler enfant
Ainsi restais je immobile, avec une volonté dissoute, sans décision apparentei; sans doute à ces moments là elle est déjà prise. nos amis eux mêmes peuvent souvent la prévoir. Mais nous, nous ne le pouvons pas, sans quoi tant de souffrances nous seraient épargnées. Mais enfin, d’antres plus obscurs que ceux d’où s’élance la comète qu’on peut prédire grâce à l’insoupçonnable puissance défensive de l’habitude invétérée, grâce aux réserves cachées que par une impulsion subite elle jette au dernier moment dans la mêlée mon action surgit enfin. je pris mes jambes à mon cou et j’arrivai, les portières déjà fermées, mais à temps pour retrouver ma mère rouge d’émotion, se retenant pour ne pas pleurer, car elle croyait que je ne viendrais plus. Puis le train partit et nous vîmes Padoue et Vérone venir au devant de nous, nous dire adieu presque jusqu’à la gare et, quand nous nous fûmes éloignés, regagner elles qui ne partaient pas et allaient reprendre leur vie l’une sa plaine, l’autre sa colline.